Bilan catastrophique de Hollande : les chiffres

Illustration: Matthieu Riegler, CC-BY

En ce début d’année électorale, alors que le PS se déchire encore pour savoir sous quelle bannière se rallier, tentons de tirer le bilan de son champion de 2012 sur le thème qu’il a lui-même érigé en clé de voûte de son quinquennat : l’emploi.

Pour être le plus objectif possible et afin de mettre les chiffres en perspective, nous ne nous contenterons pas seulement d’analyser les performances de la France de Hollande de façon isolée : nous les comparerons aux performances de nos deux grands voisins européens, l’Allemagne d’Angela Merkel et le Royaume-Uni de David Cameron puis Theresa May.

Avant de plonger dans le vif du sujet, soulignons encore ici combien les socialistes français se sont faits un plaisir de tirer à boulets rouges sur ces deux pays pendant tout le mandat de Hollande, accusant les politiques plutôt libérales de ces pays d’avoir engendré des cohortes de précaires, une stagnation du niveau de vie, et d’avoir contribué au chômage.

On se rappelle notamment des fameuses promesses du candidat Hollande de partir en croisade contre l’austérité budgétaire allemande en 2012. Promesses qui restèrent évidemment lettre morte devant le refus du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, de financer les fantaisies économiques françaises.

Bref, si la gauche française avait vu juste en 2012, aujourd’hui nous devrions voir les fruits de cette prescience et constater une nette sur-performance française en matière de chômage, de précarité ou encore de croissance des salaires. Voyons donc ce qu’il en est réellement…

Marché de l’emploi : l’exception française

Commençons notre analyse par les chiffres du chômage, véritable fléau national dont on nous promet la décrue massive au prochain tournant depuis maintenant 5 ans (les fameux retournements de courbe de François Hollande). Ci-dessous l’évolution du chômage en France, Allemagne et Royaume-Uni entre 2012 et 2016 :

Le constat est sans appel : alors que l’Allemagne et le Royaume-Uni affichent tous les deux le plein emploi (moins de 5% de chômage environ), la France reste engluée dans un chômage de masse qui avoisine les 10%, Hollande ayant réussi le tour de force d’empirer la situation déjà déplorable laissée par Sarkozy en 2012.

Malgré ce fiasco économique, on entend souvent dans les médias que ces bons chiffres anglais et allemands seraient à mettre sur le compte d’une explosion des petits boulots et des contrats précaires, affres dont le modèle français nous épargnerait supposément.

Les statistiques de l’OCDE sur le nombre d’emplois à temps partiels involontaires, c’est-à-dire le nombre de travailleurs devant se contenter d’un emploi à temps partiel à défaut de pouvoir trouver un temps plein, illustrent une toute autre réalité :

Comme le montre le graphique, les travailleurs survivant sur un temps partiel et incapables de trouver un emploi à temps plein sont en augmentation constante ces dernières années et ont atteint fin 2015 le seuil critique des 2 millions. N’en déplaise aux habituels chauvins du modèle français, nos voisins plus libéraux anglais et allemands s’en tirent environ deux fois mieux que nous :

Passons maintenant aux tendances en matière de précarité des contrats. Là encore, la légende veut que la France soit une oasis d’emploi permanent, tandis que nos voisins européens enchaînent les contrats à durée déterminée. C’est en fait tout l’inverse et, là encore, la tendance n’est pas à l’embellie :

Pour faire simple : en France, le chômage augmente, et les rares emplois sont bien plus précaires d’année en année. Avant de conclure, jetons un coup d’œil à la croissance des salaires dans nos 3 premiers pays vedettes ces dernières années :

Croissance des salaires en France en rythme annuel en % (Source : Trading Economics)

 

Croissance des salaires en Allemagne en rythme annuel en % (Source : Trading Economics)
Croissance des salaires au Royaume-Uni en rythme annuel en % (Source : Trading Economics)

Les courbes peignent là encore un portrait au vitriol du modèle français, en 2016, alors que les travailleurs anglais et allemands ont vu leurs salaires bondir de 2 à 2,5% environ, leurs confrères français ont dû se contenter d’un maigre 0,3 ou 0,4% d’augmentation. Plus catastrophique encore, la tendance est là encore baissière uniquement en France alors qu’elle est à la hausse chez nos deux voisins.

Conclusion

Tous les jours, les Français sont inondés de clichés ridicules et mensongers sur leurs voisins anglais et allemands. Ainsi, on laisse souvent entendre que les jobs à 1 €/heure seraient légion en Allemagne (déformation grossière d’une loi qui impose quelques heures de services sociaux par semaine aux bénéficiaires des minima sociaux), ou encore que les contrats 0 heure sont maintenant la norme au Royaume-Uni alors qu’ils représentent en fait moins de 3% des emplois et que 70% des employés les ayant signé déclarent ne pas vouloir faire plus d’heures (le plus souvent des femmes avec enfants en bas âge et des étudiants).

Sans surprise, nos enfumeurs nationaux oublient commodément de mentionner le fait que le chômage est moitié moins haut au Royaume-Uni et Allemagne qu’en France, que les contrats précaires et les temps partiels involontaires sont en fait bien plus communs en France ou encore que les salaires français font du surplace alors que nos voisins anglais et allemands voient les leurs augmenter beaucoup plus vite.

En matière de politique économique, nos socialistes de comptoir sont là encore complètement perdus. Contrairement à ce que l’on entend souvent, notre gargantuesque Code du travail et nos bruyants syndicats ne protègent en rien le travailleur lambda. En effet, nos entrepreneurs et nos entreprises ne sont pas des organismes de charité : chaque emploi créé se doit de générer un profit, aussi infime soit-il, sinon l’embauche n’est pas viable et le poste sera coupé aussi vite qu’il a été créé.

Dans un pays où l’instabilité réglementaire est ancrée dans l’ADN économique, où les charges sociales pesant sur les salaires et les taxes sur les entreprises sont les plus élevées d’Europe, difficile de concevoir des plans d’affaires rentables. Alors nos entreprises n’embauchent pas ou peu, et quand elles le font c’est de plus ou souvent en CDD, histoire de minimiser les risques en prévision du futur plus qu’incertain qui les attend.

Comme l’ont prouvé successivement nos voisins allemands et anglais avant nous, repenser notre Code du travail archaïque et redonner de la compétitivité à nos entreprises sont de loin les meilleurs remèdes pour faire reculer le chômage, les contrats précaires et les temps partiels involontaires qui menacent les travailleurs français.

En ce début d’année 2017, à la veille de choix politiques qui vont modeler notre pays durant une décennie, souhaitons que les chiffres et les vérités économiques triomphent sur le discours autodestructeur des charlatans qui ont causé les dégâts qu’ils dénoncent hypocritement sur tous les plateaux télé.

Biodiversité : quand le WWF prouve que le capitalisme est le meilleur système

Illustration: George Lu, licence CC 2.0

Quand fin 2014, le World Wide Fund avait sorti son étude annuelle sur la biodiversité et l’empreinte carbone de l’Humanité, la presse du monde entier s’était saisie avec effroi de l’information principale de l’étude : le Living Planet Index, ou LPI, aurait diminué de 52% entre 1970 et 2010 ! Qu’est-ce donc que ce fameux index ?

Un indice de biodiversité

Il s’agit d’un indicateur concocté par le WWF afin de suivre l’évolution de 10 380 populations d’animaux de plus de 3 038 espèces de vertébrés différentes. À défaut de prendre en compte les millions d’espèces du règne animal, cet indice nous apporte un aperçu intéressant sur l’évolution des grandes populations de vertébrés que le grand public connaît le mieux.

L’envergure de l’étude étant ambitieuse, on pardonnera au WWF l’utilisation de certains procédés peu recommandés par la communauté scientifique pour calculer son indice de biodiversité : méthodologie au cas par cas (ex : pour une espèce on compte le nombre de nids, pour une autre le nombre d’individus, pour une autre sa densité, etc.), utilisation de sources de données non-validées officiellement par la communauté scientifique, ou encore ses choix d’espèces relativement arbitraires.

Figure 1: position géographique des 10 380 populations de vertébrés suivies par le WWF (vert: espèces terrestres, bleu: espèces marines, orange: espèces vivant en eau douce).

Le monde animal se réduit comme peau de chagrin nous dit le WWF. Effectivement, cette baisse de 52% du LPI en 40 ans semble très inquiétante. Même si l’on peut débattre de la méthodologie utilisée pour obtenir ce chiffre, il est indéniable que certaines espèces et que certains écosystèmes sont aujourd’hui en danger.

Seulement voilà, le WWF omet étrangement d’évoquer les exploits environnementaux mesurés par le LPI dans certaines parties du monde, une omission fort malheureuse puisqu’elle aurait permis d’en savoir plus sur les politiques et l’organisation sociale des pays où la biodiversité s’est portée à merveille ces 40 dernières années. Cet article s’attachera donc à rétablir cet oubli et à tirer au clair les raisons derrière l’érosion de la biodiversité dans certaines parties du globe et son augmentation déconcertante dans d’autres parties.

Une biodiversité pas si mal en point

Contrairement aux idées reçues, toutes les populations animales ne sont pas sur le déclin. Bien au contraire, une bonne moitié des espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères, de reptiles et d’amphibiens observées se portent comme des charmes depuis 40 ans et ont même vu leurs populations croître comme le montre un des graphiques de l’étude :

Figure 2: Évolution des populations suivies par famille entre 1970 et 2014

Où se cachent donc ces populations d’animaux alors que le reste du règne animal semble se dépeupler ? pourrait-on se demander… Le WWF nous apporte la réponse avec le graphique suivant :

Figure 3: évolution du LPI en fonction du niveau de richesse des pays. Seuls les pays riches affichent un LPI en hausse.

Que constate-t-on ? Au cours des 40 dernières années le Living Planet Index s’est littéralement effondré dans les pays pauvres avec –58% de baisse sur 181 espèces observées.

Les pays les plus pauvres ont les moins bons résultats

Malheureusement, les données de l’étude étant trop agrégées, il nous est impossible d’en dire plus sur l’évolution individuelle de chaque espèce observée, cependant le constat général pointe vers un effondrement important de population animale dans les pays les moins développés. Dans les pays aux revenus moyens, c’est-à-dire les pays émergents, le LPI est aussi à la baisse, mais de manière moins forte : -18% sur 1 357 espèces observées.

A contrario, les pays développés, dont plus de 1 979 espèces y ont été suivies depuis 40 ans, affichent une insolente croissance de 10% de leur LPI sur la même période. On notera qu’ici le chiffre affiché est beaucoup plus crédible puisque près de 10 fois plus d’espèces que dans les pays pauvres ont été suivies sur la même période de temps.

Là encore, la rigueur scientifique aurait exigé d’utiliser plus de données pour défendre l’information la plus médiatisée du rapport, à savoir la baisse importante des populations animales dans les pays pauvres, surtout quand on sait que le LPI global dépend fortement de l’évolution du LPI dans les pays pauvres.

Pour faire simple, le LPI global est calculé en appliquant une pondération aux LPIs des différentes zones géographiques étudiées (voir page 142 du rapport pour plus détails). Évidemment, pour les zones géographiques situées dans les pays pauvres, l’échantillon minuscule de 161 espèces étudiées limite la crédibilité des conclusions que l’on peut tirer sur l’évolution des espèces dans ces régions. Comme vous dira tout scientifique, si vos données sont bancales, tous les modèles et théories que vous en tirerez le seront aussi (« garbage in, garbage out » comme disent les chercheurs anglo-saxons).

Qu’à cela ne tienne, passons sur les acrobaties scientifiques du WWF pour nous attarder sur le résultat le plus intéressant de l’étude, à savoir le contraste entre l’évolution du LPI entre les pays riches et pauvres, qui paradoxalement se trouve aussi être celui le moins médiatisé. Pourquoi une telle divergence ?

L’économie de marché et le progrès technologique

Principalement à cause du système socio-économique en place dans les pays riches et leur industrialisation avancée par rapport au reste du monde. Comme chacun le sait, les pays les plus riches du monde sont peu ou prou les pays de l’OCDE. Des pays qui se démarquent du reste du monde par leurs économies de marché et leurs démocraties libérales. Ces conditions ont créé au cours des deux derniers siècles un décollage technologique considérable dans ces pays. Décollage qui s’est traduit par un détachement progressif entre l’Homme moderne et les écosystèmes l’environnant, le tout pour le plus grand bien des espèces habitant ces écosystèmes.

Ainsi, dans un pays comme la France, rares sont ceux qui puisent encore dans nos forêts pour trouver de quoi se chauffer l’hiver ou de quoi cuire un repas. La viande que nous mangeons, quant à elle, provient presque entièrement de l’élevage, et beaucoup moins de la chasse comme autrefois. Quant aux légumes, céréales et fruits qui viennent compléter notre alimentation, leur culture requiert désormais de moins en moins de terre chaque année pour des volumes toujours plus grands, grâce aux multiples progrès agricoles ayant décuplé les rendements. On parle ainsi de peak farmland pour expliquer la stagnation ou la diminution des terres cultivées dans les pays développés.

Ci-dessous l’exemple de la production de maïs aux États-Unis comparée à la surface agricole utilisée pour cette culture et le même graphique pour la production de blé en France (étude disponible ici) :

Enfin, l’économie moderne est avant tout urbaine et non-rurale, d’où l’essor des villes occidentales aux XIXème et XXème siècles et le déclin de la pression démographique dans la majorité des campagnes. Évidemment, les populations humaines se concentrant et utilisant moins de terres agricoles, elles libèrent dans leur sillage de nombreuses terres qui retournèrent plus ou moins à leur état sauvage. Cerise sur le gâteau, l’enrichissement global des populations occidentales créa un essor du tourisme qui donna un élan énorme aux mouvements de conservation des milieux naturels dans les milieux ruraux, afin de maximiser l’attractivité des territoires aux yeux des visiteurs.

Les pays pauvres survivent grâce à la flore et la faune sauvages

À l’opposé, dans les pays les plus pauvres, la faune et flore sauvages représentent encore trop souvent les seules ressources capables de satisfaire les besoins des populations locales. Une dépendance aux effets dévastateurs démultipliés par la pression démographique importante dans certaines régions du globe.

Par exemple, les besoins énergétiques de ces populations sont encore trop souvent couverts par le découpage de bois en milieu naturel comme nous rappelle le FAO, avec plus de 1,2 milliard de mètres-cube de bois brûlés en 2010 pour satisfaire des besoins énergétiques dans les pays pauvres :

Résultat ? Certains pays pauvres de ce monde ont perdu des pans entiers de leurs forêts ces 50 dernières années. C’est notamment le cas d’Haïti, dont la situation tranche avec sa voisine, la République Dominicaine comme chacun peut le constater sur Google Earth. D’un côté des forêts luxuriantes, de l’autre une terre rendue aride comme le montre la photo ci-dessous:

Figure 4: Frontière entre Haïti et la République Dominicaine. À gauche Haïti, ravagé par la déforestation, à droite les forêts tropicales de la République Dominicaine (Licence : photo de la NASA).

Les pays pauvres ont des moyens rudimentaires

Abordons maintenant le sujet de la nourriture. Là encore, on s’aperçoit que les pays responsables des pires destructions d’écosystèmes (déforestation, chasse intensive, etc.) sont des pays en voie de développement. De l’agriculture sur brûlis à l’expansion permanente des terres agricoles par la déforestation, en passant par la chasse intensive d’animaux sauvages en Afrique pour subvenir aux besoins en viande (la fameuse bush meat), toutes ces méthodes ne sont en fin de compte que des moyens utilisés par les populations des pays en voie de développement pour tenter de compenser un retard technologique en puisant davantage dans les écosystèmes environnants.

Par exemple l’agriculture sur brûlis, pratique datant du Néolithique et utilisée en Europe jusqu’au XIXème siècle, serait depuis longtemps abandonnée si les paysans qui y ont encore recours avaient accès aux équipements mécaniques (tracteurs, etc.), aux systèmes d’irrigation, aux semences, aux engrais et aux pesticides de leurs collègues occidentaux.

Malheureusement, ces problèmes complexes sont trop souvent caricaturés par les organisations environnementales. En effet, on entend souvent dire que le problème viendrait de l’économie de marché et du capitalisme. Une absurdité quand on voit que les pays les plus capitalistes, c’est-à-dire les pays développés, connaissent depuis 40 ans une progression de leur biodiversité parallèlement à une progression de leurs revenus et de leur niveau de vie. Ce qui prouve une bonne fois pour toutes que croissance et biodiversité ne sont pas incompatibles.

Enfin, on entend parfois qu’il s’agirait d’expliquer aux habitants des pays en voie de développement qu’ils devraient freiner leur croissance économique ou restreindre leur consommation. Facile à dire, mais difficile à faire quand on a déjà peu. Mais surtout, comment espérer la participation des populations concernées si nous nous soucions seulement du bien-être des populations d’animaux sauvages sans nous préoccuper des réalités quotidiennes des populations locales et de leur droit au développement économique ?

En fait, la seule solution aux défis combinés de la croissance démographique, du développement économique et de la sauvegarde de la biodiversité réside dans l’essor technologique des pays en voie de développement. L’Histoire ayant montré que l’économie de marché combinée à un État de droit était le seul système économique pouvant faire naître un tel essor de manière durable, toute personne se souciant réellement de la biodiversité se devrait donc d’encourager les pays en voie de développement à adopter ces idées.

Salaires : la grande stagnation française

En France, une bonne partie de la classe politique se plaît à répéter depuis plusieurs décennies son désamour pour les « riches » tout en clamant haut et fort œuvrer dans l’intérêt des « pauvres » et de la « classe moyenne ». Chaque année, l’INSEE nous donne un aperçu des résultats des politiques publiques menées par ces mêmes chantres des classes populaires sous la forme d’une étude statistique sur la distribution des revenus salariaux et des allocations chômage par décile.

Qui sont les riches ? Qui sont les pauvres ?

Bien qu’il n’existe aucune définition officielle des critères qui font de vous un « riche », un « pauvre »ou encore un français de « classe moyenne », on s’accordera pour considérer les 20% obtenant les revenus les plus importants comme étant nos riches, les 20% obtenant les revenus les moins importants comme étant nos pauvres et enfin les 60% des français se trouvant en sandwich entre ces deux groupes comme étant notre fameuse classe moyenne.

En se basant sur les chiffres de l’INSEE les plus récents, ceux pour l’année 2014, on obtient les revenus suivants pour nos catégories :

  • Pour les 20% les plus pauvres, les revenus s’échelonnent de 0 à 9 910 euros avec une médiane de 5 020 euros par an
  • Pour les 60% du milieu qui constitue notre classe moyenne, les revenus s’échelonnent de 9 911 à 29 200 euros avec une médiane de 19 030 euros
  • Pour les 20% les plus riches, les revenus sont supérieurs à 29 201 euros avec une médiane à 37 670 euros

À la simple lecture de ces chiffres, quelques constats s’imposent. Tout d’abord, on note que 20% des individus vivent avec moins de 825 euros par mois, soit à peine un peu plus de la moitié du SMIC. Un chiffre consternant pour un pays du G8. En ce qui concerne notre classe moyenne, l’individu médian affiche un revenu mensuel de de 1 585 euros par mois, soit plus ou moins le SMIC. Plus inquiétant encore, les membres les plus aisés de notre classe moyenne n’émargent qu’à 2 433 euros par mois, soit environ 1,6 fois le SMIC. Bref, pour faire simple, 80% des individus ont des revenus salariaux et des allocations chômage compris entre 0 euros et 1,6 fois le SMIC.

Le poids du coût du travail

Cette situation est ni plus ni moins la conséquence de la politique économique en matière de coût du travail qui a consisté à tabasser de charges sociales les postes rémunérés au-dessus du seuil fatidique de 1,6 fois le SMIC (les abattements de charges dit « Fillon » concernent les salaires inférieurs à 1,6 fois le SMIC). Enfin, en ce qui concerne les riches, l’entrée au palmarès se fait à partir de seulement 2 433 euros par mois. Une somme très modeste pour un pays développé.

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Comme le montre le graphique ci-dessus, une fois l’inflation exclue du calcul, les courbes historiques des revenus de toutes les catégories sont désespérément plates. Pour faire simple, les revenus salariaux réels ont stagnés pour l’ensemble des Français, peu importe leur niveau de salaire, pour les douze années pour lesquelles l’INSEE fournit des données.

Les conséquences du cynisme politique

Contrairement à ce qu’affirment certains, les riches n’ont pas connu d’augmentations salariales vertigineuses, mais une maigrichonne augmentation de 3,5% sur 12 ans. Autre constat, les plus pauvres que l’ensemble de la classe politique affirme à l’unisson placer au centre de leur politique économique sont de loin les moins bien lotis. A-t-on affaire à un cynisme éhonté, à une incompétence manifeste ou à un mélange des deux ?

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Évidemment, un tel bilan catastrophique n’est guère surprenant pour qui s’intéresse aux performances économiques françaises. En effet, impossible de faire des miracles avec une croissance atone et un chômage de masse, l’augmentation des salaires étant liée à l’augmentation de la productivité des travailleurs.

Ainsi, selon Eurostat, le PIB par habitant français n’a progressé que de 5,4% en termes réels entre 2002 et 2014, un chiffre qui corrobore l’augmentation du revenu salarial médian fourni par l’INSEE. Pour faire simple, les salaires français stagnent parce-que la production de richesse par habitant stagne elle aussi.

Conclusion

L’étude des données économiques ne laisse nulle place au doute : le salarié lambda a vu ses revenus quasiment stagner depuis le début des années 2000. Pire, près de 80% des individus ont aujourd’hui un revenu mensuel inférieur à 1,6 fois le SMIC, un chiffre qui explique presque à lui seul le manque de pouvoir d’achat ressenti par la plupart des ménages. Dure réalité pour un pays qui souhaite continuer à être une puissance économique majeure.

En réalité, les défenseurs du modèle social français – dont on dit que le monde entier nous envie, mais que personne ne semble imiter – ont tenu leur promesse de réduire drastiquement l’écart moyen entre les pauvres et les riches. L’ennui c’est que cette égalité célébrée partout s’est fait en rendant tout le monde pauvre, une ironie cinglante pour ceux qui soutinrent ces politiques en expliquant combattre la pauvreté.