Bilan catastrophique de Hollande : les chiffres

Illustration: Matthieu Riegler, CC-BY

En ce début d’année électorale, alors que le PS se déchire encore pour savoir sous quelle bannière se rallier, tentons de tirer le bilan de son champion de 2012 sur le thème qu’il a lui-même érigé en clé de voûte de son quinquennat : l’emploi.

Pour être le plus objectif possible et afin de mettre les chiffres en perspective, nous ne nous contenterons pas seulement d’analyser les performances de la France de Hollande de façon isolée : nous les comparerons aux performances de nos deux grands voisins européens, l’Allemagne d’Angela Merkel et le Royaume-Uni de David Cameron puis Theresa May.

Avant de plonger dans le vif du sujet, soulignons encore ici combien les socialistes français se sont faits un plaisir de tirer à boulets rouges sur ces deux pays pendant tout le mandat de Hollande, accusant les politiques plutôt libérales de ces pays d’avoir engendré des cohortes de précaires, une stagnation du niveau de vie, et d’avoir contribué au chômage.

On se rappelle notamment des fameuses promesses du candidat Hollande de partir en croisade contre l’austérité budgétaire allemande en 2012. Promesses qui restèrent évidemment lettre morte devant le refus du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, de financer les fantaisies économiques françaises.

Bref, si la gauche française avait vu juste en 2012, aujourd’hui nous devrions voir les fruits de cette prescience et constater une nette sur-performance française en matière de chômage, de précarité ou encore de croissance des salaires. Voyons donc ce qu’il en est réellement…

Marché de l’emploi : l’exception française

Commençons notre analyse par les chiffres du chômage, véritable fléau national dont on nous promet la décrue massive au prochain tournant depuis maintenant 5 ans (les fameux retournements de courbe de François Hollande). Ci-dessous l’évolution du chômage en France, Allemagne et Royaume-Uni entre 2012 et 2016 :

Le constat est sans appel : alors que l’Allemagne et le Royaume-Uni affichent tous les deux le plein emploi (moins de 5% de chômage environ), la France reste engluée dans un chômage de masse qui avoisine les 10%, Hollande ayant réussi le tour de force d’empirer la situation déjà déplorable laissée par Sarkozy en 2012.

Malgré ce fiasco économique, on entend souvent dans les médias que ces bons chiffres anglais et allemands seraient à mettre sur le compte d’une explosion des petits boulots et des contrats précaires, affres dont le modèle français nous épargnerait supposément.

Les statistiques de l’OCDE sur le nombre d’emplois à temps partiels involontaires, c’est-à-dire le nombre de travailleurs devant se contenter d’un emploi à temps partiel à défaut de pouvoir trouver un temps plein, illustrent une toute autre réalité :

Comme le montre le graphique, les travailleurs survivant sur un temps partiel et incapables de trouver un emploi à temps plein sont en augmentation constante ces dernières années et ont atteint fin 2015 le seuil critique des 2 millions. N’en déplaise aux habituels chauvins du modèle français, nos voisins plus libéraux anglais et allemands s’en tirent environ deux fois mieux que nous :

Passons maintenant aux tendances en matière de précarité des contrats. Là encore, la légende veut que la France soit une oasis d’emploi permanent, tandis que nos voisins européens enchaînent les contrats à durée déterminée. C’est en fait tout l’inverse et, là encore, la tendance n’est pas à l’embellie :

Pour faire simple : en France, le chômage augmente, et les rares emplois sont bien plus précaires d’année en année. Avant de conclure, jetons un coup d’œil à la croissance des salaires dans nos 3 premiers pays vedettes ces dernières années :

Croissance des salaires en France en rythme annuel en % (Source : Trading Economics)

 

Croissance des salaires en Allemagne en rythme annuel en % (Source : Trading Economics)
Croissance des salaires au Royaume-Uni en rythme annuel en % (Source : Trading Economics)

Les courbes peignent là encore un portrait au vitriol du modèle français, en 2016, alors que les travailleurs anglais et allemands ont vu leurs salaires bondir de 2 à 2,5% environ, leurs confrères français ont dû se contenter d’un maigre 0,3 ou 0,4% d’augmentation. Plus catastrophique encore, la tendance est là encore baissière uniquement en France alors qu’elle est à la hausse chez nos deux voisins.

Conclusion

Tous les jours, les Français sont inondés de clichés ridicules et mensongers sur leurs voisins anglais et allemands. Ainsi, on laisse souvent entendre que les jobs à 1 €/heure seraient légion en Allemagne (déformation grossière d’une loi qui impose quelques heures de services sociaux par semaine aux bénéficiaires des minima sociaux), ou encore que les contrats 0 heure sont maintenant la norme au Royaume-Uni alors qu’ils représentent en fait moins de 3% des emplois et que 70% des employés les ayant signé déclarent ne pas vouloir faire plus d’heures (le plus souvent des femmes avec enfants en bas âge et des étudiants).

Sans surprise, nos enfumeurs nationaux oublient commodément de mentionner le fait que le chômage est moitié moins haut au Royaume-Uni et Allemagne qu’en France, que les contrats précaires et les temps partiels involontaires sont en fait bien plus communs en France ou encore que les salaires français font du surplace alors que nos voisins anglais et allemands voient les leurs augmenter beaucoup plus vite.

En matière de politique économique, nos socialistes de comptoir sont là encore complètement perdus. Contrairement à ce que l’on entend souvent, notre gargantuesque Code du travail et nos bruyants syndicats ne protègent en rien le travailleur lambda. En effet, nos entrepreneurs et nos entreprises ne sont pas des organismes de charité : chaque emploi créé se doit de générer un profit, aussi infime soit-il, sinon l’embauche n’est pas viable et le poste sera coupé aussi vite qu’il a été créé.

Dans un pays où l’instabilité réglementaire est ancrée dans l’ADN économique, où les charges sociales pesant sur les salaires et les taxes sur les entreprises sont les plus élevées d’Europe, difficile de concevoir des plans d’affaires rentables. Alors nos entreprises n’embauchent pas ou peu, et quand elles le font c’est de plus ou souvent en CDD, histoire de minimiser les risques en prévision du futur plus qu’incertain qui les attend.

Comme l’ont prouvé successivement nos voisins allemands et anglais avant nous, repenser notre Code du travail archaïque et redonner de la compétitivité à nos entreprises sont de loin les meilleurs remèdes pour faire reculer le chômage, les contrats précaires et les temps partiels involontaires qui menacent les travailleurs français.

En ce début d’année 2017, à la veille de choix politiques qui vont modeler notre pays durant une décennie, souhaitons que les chiffres et les vérités économiques triomphent sur le discours autodestructeur des charlatans qui ont causé les dégâts qu’ils dénoncent hypocritement sur tous les plateaux télé.

Biodiversité : quand le WWF prouve que le capitalisme est le meilleur système

Illustration: George Lu, licence CC 2.0

Quand fin 2014, le World Wide Fund avait sorti son étude annuelle sur la biodiversité et l’empreinte carbone de l’Humanité, la presse du monde entier s’était saisie avec effroi de l’information principale de l’étude : le Living Planet Index, ou LPI, aurait diminué de 52% entre 1970 et 2010 ! Qu’est-ce donc que ce fameux index ?

Un indice de biodiversité

Il s’agit d’un indicateur concocté par le WWF afin de suivre l’évolution de 10 380 populations d’animaux de plus de 3 038 espèces de vertébrés différentes. À défaut de prendre en compte les millions d’espèces du règne animal, cet indice nous apporte un aperçu intéressant sur l’évolution des grandes populations de vertébrés que le grand public connaît le mieux.

L’envergure de l’étude étant ambitieuse, on pardonnera au WWF l’utilisation de certains procédés peu recommandés par la communauté scientifique pour calculer son indice de biodiversité : méthodologie au cas par cas (ex : pour une espèce on compte le nombre de nids, pour une autre le nombre d’individus, pour une autre sa densité, etc.), utilisation de sources de données non-validées officiellement par la communauté scientifique, ou encore ses choix d’espèces relativement arbitraires.

Figure 1: position géographique des 10 380 populations de vertébrés suivies par le WWF (vert: espèces terrestres, bleu: espèces marines, orange: espèces vivant en eau douce).

Le monde animal se réduit comme peau de chagrin nous dit le WWF. Effectivement, cette baisse de 52% du LPI en 40 ans semble très inquiétante. Même si l’on peut débattre de la méthodologie utilisée pour obtenir ce chiffre, il est indéniable que certaines espèces et que certains écosystèmes sont aujourd’hui en danger.

Seulement voilà, le WWF omet étrangement d’évoquer les exploits environnementaux mesurés par le LPI dans certaines parties du monde, une omission fort malheureuse puisqu’elle aurait permis d’en savoir plus sur les politiques et l’organisation sociale des pays où la biodiversité s’est portée à merveille ces 40 dernières années. Cet article s’attachera donc à rétablir cet oubli et à tirer au clair les raisons derrière l’érosion de la biodiversité dans certaines parties du globe et son augmentation déconcertante dans d’autres parties.

Une biodiversité pas si mal en point

Contrairement aux idées reçues, toutes les populations animales ne sont pas sur le déclin. Bien au contraire, une bonne moitié des espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères, de reptiles et d’amphibiens observées se portent comme des charmes depuis 40 ans et ont même vu leurs populations croître comme le montre un des graphiques de l’étude :

Figure 2: Évolution des populations suivies par famille entre 1970 et 2014

Où se cachent donc ces populations d’animaux alors que le reste du règne animal semble se dépeupler ? pourrait-on se demander… Le WWF nous apporte la réponse avec le graphique suivant :

Figure 3: évolution du LPI en fonction du niveau de richesse des pays. Seuls les pays riches affichent un LPI en hausse.

Que constate-t-on ? Au cours des 40 dernières années le Living Planet Index s’est littéralement effondré dans les pays pauvres avec –58% de baisse sur 181 espèces observées.

Les pays les plus pauvres ont les moins bons résultats

Malheureusement, les données de l’étude étant trop agrégées, il nous est impossible d’en dire plus sur l’évolution individuelle de chaque espèce observée, cependant le constat général pointe vers un effondrement important de population animale dans les pays les moins développés. Dans les pays aux revenus moyens, c’est-à-dire les pays émergents, le LPI est aussi à la baisse, mais de manière moins forte : -18% sur 1 357 espèces observées.

A contrario, les pays développés, dont plus de 1 979 espèces y ont été suivies depuis 40 ans, affichent une insolente croissance de 10% de leur LPI sur la même période. On notera qu’ici le chiffre affiché est beaucoup plus crédible puisque près de 10 fois plus d’espèces que dans les pays pauvres ont été suivies sur la même période de temps.

Là encore, la rigueur scientifique aurait exigé d’utiliser plus de données pour défendre l’information la plus médiatisée du rapport, à savoir la baisse importante des populations animales dans les pays pauvres, surtout quand on sait que le LPI global dépend fortement de l’évolution du LPI dans les pays pauvres.

Pour faire simple, le LPI global est calculé en appliquant une pondération aux LPIs des différentes zones géographiques étudiées (voir page 142 du rapport pour plus détails). Évidemment, pour les zones géographiques situées dans les pays pauvres, l’échantillon minuscule de 161 espèces étudiées limite la crédibilité des conclusions que l’on peut tirer sur l’évolution des espèces dans ces régions. Comme vous dira tout scientifique, si vos données sont bancales, tous les modèles et théories que vous en tirerez le seront aussi (« garbage in, garbage out » comme disent les chercheurs anglo-saxons).

Qu’à cela ne tienne, passons sur les acrobaties scientifiques du WWF pour nous attarder sur le résultat le plus intéressant de l’étude, à savoir le contraste entre l’évolution du LPI entre les pays riches et pauvres, qui paradoxalement se trouve aussi être celui le moins médiatisé. Pourquoi une telle divergence ?

L’économie de marché et le progrès technologique

Principalement à cause du système socio-économique en place dans les pays riches et leur industrialisation avancée par rapport au reste du monde. Comme chacun le sait, les pays les plus riches du monde sont peu ou prou les pays de l’OCDE. Des pays qui se démarquent du reste du monde par leurs économies de marché et leurs démocraties libérales. Ces conditions ont créé au cours des deux derniers siècles un décollage technologique considérable dans ces pays. Décollage qui s’est traduit par un détachement progressif entre l’Homme moderne et les écosystèmes l’environnant, le tout pour le plus grand bien des espèces habitant ces écosystèmes.

Ainsi, dans un pays comme la France, rares sont ceux qui puisent encore dans nos forêts pour trouver de quoi se chauffer l’hiver ou de quoi cuire un repas. La viande que nous mangeons, quant à elle, provient presque entièrement de l’élevage, et beaucoup moins de la chasse comme autrefois. Quant aux légumes, céréales et fruits qui viennent compléter notre alimentation, leur culture requiert désormais de moins en moins de terre chaque année pour des volumes toujours plus grands, grâce aux multiples progrès agricoles ayant décuplé les rendements. On parle ainsi de peak farmland pour expliquer la stagnation ou la diminution des terres cultivées dans les pays développés.

Ci-dessous l’exemple de la production de maïs aux États-Unis comparée à la surface agricole utilisée pour cette culture et le même graphique pour la production de blé en France (étude disponible ici) :

Enfin, l’économie moderne est avant tout urbaine et non-rurale, d’où l’essor des villes occidentales aux XIXème et XXème siècles et le déclin de la pression démographique dans la majorité des campagnes. Évidemment, les populations humaines se concentrant et utilisant moins de terres agricoles, elles libèrent dans leur sillage de nombreuses terres qui retournèrent plus ou moins à leur état sauvage. Cerise sur le gâteau, l’enrichissement global des populations occidentales créa un essor du tourisme qui donna un élan énorme aux mouvements de conservation des milieux naturels dans les milieux ruraux, afin de maximiser l’attractivité des territoires aux yeux des visiteurs.

Les pays pauvres survivent grâce à la flore et la faune sauvages

À l’opposé, dans les pays les plus pauvres, la faune et flore sauvages représentent encore trop souvent les seules ressources capables de satisfaire les besoins des populations locales. Une dépendance aux effets dévastateurs démultipliés par la pression démographique importante dans certaines régions du globe.

Par exemple, les besoins énergétiques de ces populations sont encore trop souvent couverts par le découpage de bois en milieu naturel comme nous rappelle le FAO, avec plus de 1,2 milliard de mètres-cube de bois brûlés en 2010 pour satisfaire des besoins énergétiques dans les pays pauvres :

Résultat ? Certains pays pauvres de ce monde ont perdu des pans entiers de leurs forêts ces 50 dernières années. C’est notamment le cas d’Haïti, dont la situation tranche avec sa voisine, la République Dominicaine comme chacun peut le constater sur Google Earth. D’un côté des forêts luxuriantes, de l’autre une terre rendue aride comme le montre la photo ci-dessous:

Figure 4: Frontière entre Haïti et la République Dominicaine. À gauche Haïti, ravagé par la déforestation, à droite les forêts tropicales de la République Dominicaine (Licence : photo de la NASA).

Les pays pauvres ont des moyens rudimentaires

Abordons maintenant le sujet de la nourriture. Là encore, on s’aperçoit que les pays responsables des pires destructions d’écosystèmes (déforestation, chasse intensive, etc.) sont des pays en voie de développement. De l’agriculture sur brûlis à l’expansion permanente des terres agricoles par la déforestation, en passant par la chasse intensive d’animaux sauvages en Afrique pour subvenir aux besoins en viande (la fameuse bush meat), toutes ces méthodes ne sont en fin de compte que des moyens utilisés par les populations des pays en voie de développement pour tenter de compenser un retard technologique en puisant davantage dans les écosystèmes environnants.

Par exemple l’agriculture sur brûlis, pratique datant du Néolithique et utilisée en Europe jusqu’au XIXème siècle, serait depuis longtemps abandonnée si les paysans qui y ont encore recours avaient accès aux équipements mécaniques (tracteurs, etc.), aux systèmes d’irrigation, aux semences, aux engrais et aux pesticides de leurs collègues occidentaux.

Malheureusement, ces problèmes complexes sont trop souvent caricaturés par les organisations environnementales. En effet, on entend souvent dire que le problème viendrait de l’économie de marché et du capitalisme. Une absurdité quand on voit que les pays les plus capitalistes, c’est-à-dire les pays développés, connaissent depuis 40 ans une progression de leur biodiversité parallèlement à une progression de leurs revenus et de leur niveau de vie. Ce qui prouve une bonne fois pour toutes que croissance et biodiversité ne sont pas incompatibles.

Enfin, on entend parfois qu’il s’agirait d’expliquer aux habitants des pays en voie de développement qu’ils devraient freiner leur croissance économique ou restreindre leur consommation. Facile à dire, mais difficile à faire quand on a déjà peu. Mais surtout, comment espérer la participation des populations concernées si nous nous soucions seulement du bien-être des populations d’animaux sauvages sans nous préoccuper des réalités quotidiennes des populations locales et de leur droit au développement économique ?

En fait, la seule solution aux défis combinés de la croissance démographique, du développement économique et de la sauvegarde de la biodiversité réside dans l’essor technologique des pays en voie de développement. L’Histoire ayant montré que l’économie de marché combinée à un État de droit était le seul système économique pouvant faire naître un tel essor de manière durable, toute personne se souciant réellement de la biodiversité se devrait donc d’encourager les pays en voie de développement à adopter ces idées.

Salaires : la grande stagnation française

En France, une bonne partie de la classe politique se plaît à répéter depuis plusieurs décennies son désamour pour les « riches » tout en clamant haut et fort œuvrer dans l’intérêt des « pauvres » et de la « classe moyenne ». Chaque année, l’INSEE nous donne un aperçu des résultats des politiques publiques menées par ces mêmes chantres des classes populaires sous la forme d’une étude statistique sur la distribution des revenus salariaux et des allocations chômage par décile.

Qui sont les riches ? Qui sont les pauvres ?

Bien qu’il n’existe aucune définition officielle des critères qui font de vous un « riche », un « pauvre »ou encore un français de « classe moyenne », on s’accordera pour considérer les 20% obtenant les revenus les plus importants comme étant nos riches, les 20% obtenant les revenus les moins importants comme étant nos pauvres et enfin les 60% des français se trouvant en sandwich entre ces deux groupes comme étant notre fameuse classe moyenne.

En se basant sur les chiffres de l’INSEE les plus récents, ceux pour l’année 2014, on obtient les revenus suivants pour nos catégories :

  • Pour les 20% les plus pauvres, les revenus s’échelonnent de 0 à 9 910 euros avec une médiane de 5 020 euros par an
  • Pour les 60% du milieu qui constitue notre classe moyenne, les revenus s’échelonnent de 9 911 à 29 200 euros avec une médiane de 19 030 euros
  • Pour les 20% les plus riches, les revenus sont supérieurs à 29 201 euros avec une médiane à 37 670 euros

À la simple lecture de ces chiffres, quelques constats s’imposent. Tout d’abord, on note que 20% des individus vivent avec moins de 825 euros par mois, soit à peine un peu plus de la moitié du SMIC. Un chiffre consternant pour un pays du G8. En ce qui concerne notre classe moyenne, l’individu médian affiche un revenu mensuel de de 1 585 euros par mois, soit plus ou moins le SMIC. Plus inquiétant encore, les membres les plus aisés de notre classe moyenne n’émargent qu’à 2 433 euros par mois, soit environ 1,6 fois le SMIC. Bref, pour faire simple, 80% des individus ont des revenus salariaux et des allocations chômage compris entre 0 euros et 1,6 fois le SMIC.

Le poids du coût du travail

Cette situation est ni plus ni moins la conséquence de la politique économique en matière de coût du travail qui a consisté à tabasser de charges sociales les postes rémunérés au-dessus du seuil fatidique de 1,6 fois le SMIC (les abattements de charges dit « Fillon » concernent les salaires inférieurs à 1,6 fois le SMIC). Enfin, en ce qui concerne les riches, l’entrée au palmarès se fait à partir de seulement 2 433 euros par mois. Une somme très modeste pour un pays développé.

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Comme le montre le graphique ci-dessus, une fois l’inflation exclue du calcul, les courbes historiques des revenus de toutes les catégories sont désespérément plates. Pour faire simple, les revenus salariaux réels ont stagnés pour l’ensemble des Français, peu importe leur niveau de salaire, pour les douze années pour lesquelles l’INSEE fournit des données.

Les conséquences du cynisme politique

Contrairement à ce qu’affirment certains, les riches n’ont pas connu d’augmentations salariales vertigineuses, mais une maigrichonne augmentation de 3,5% sur 12 ans. Autre constat, les plus pauvres que l’ensemble de la classe politique affirme à l’unisson placer au centre de leur politique économique sont de loin les moins bien lotis. A-t-on affaire à un cynisme éhonté, à une incompétence manifeste ou à un mélange des deux ?

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Évidemment, un tel bilan catastrophique n’est guère surprenant pour qui s’intéresse aux performances économiques françaises. En effet, impossible de faire des miracles avec une croissance atone et un chômage de masse, l’augmentation des salaires étant liée à l’augmentation de la productivité des travailleurs.

Ainsi, selon Eurostat, le PIB par habitant français n’a progressé que de 5,4% en termes réels entre 2002 et 2014, un chiffre qui corrobore l’augmentation du revenu salarial médian fourni par l’INSEE. Pour faire simple, les salaires français stagnent parce-que la production de richesse par habitant stagne elle aussi.

Conclusion

L’étude des données économiques ne laisse nulle place au doute : le salarié lambda a vu ses revenus quasiment stagner depuis le début des années 2000. Pire, près de 80% des individus ont aujourd’hui un revenu mensuel inférieur à 1,6 fois le SMIC, un chiffre qui explique presque à lui seul le manque de pouvoir d’achat ressenti par la plupart des ménages. Dure réalité pour un pays qui souhaite continuer à être une puissance économique majeure.

En réalité, les défenseurs du modèle social français – dont on dit que le monde entier nous envie, mais que personne ne semble imiter – ont tenu leur promesse de réduire drastiquement l’écart moyen entre les pauvres et les riches. L’ennui c’est que cette égalité célébrée partout s’est fait en rendant tout le monde pauvre, une ironie cinglante pour ceux qui soutinrent ces politiques en expliquant combattre la pauvreté.

Les OGM: ces bienfaiteurs de l’environnement

Illustration: Miran Rijavec – CC BY 2.0

Quand on entend parler en mal des plantes génétiquement modifiées, c’est bien souvent le fait d’activistes qui répètent à qui veut l’entendre que ces semences artificielles seraient un désastre environnemental et sanitaire. Bien que toutes les études scientifiques sérieuses concluent depuis longtemps à l’innocuité de ces plantes, trop peu d’attention a été portée aux enjeux environnementaux. Une erreur impardonnable, car l’environnement est une cause bien trop importante pour être abandonnée aux écologistes.

Les vertus des OGM

Afin de combler ce vide, Graham Brookes et Peter Barfoot proposent une étude exhaustive sur l’impact des OGM sur la consommation en pesticides et les émissions de gaz à effet de serre. L’enjeu est de taille quand on sait que l’épandage de pesticides représente de loin la pratique la plus à risque dans l’agriculture moderne. Bien qu’essentiels afin de garantir le rendement agricole nécessaire pour nourrir les 7 milliards d’individus que compte cette planète, les pesticides n’en restent pas moins des substances toxiques dangereuses pouvant souiller les écosystèmes et les nappes phréatiques sur le long terme.

En réponse à ce défi, les biotechnologies offrent la possibilité de créer des plantes mieux adaptées à leur environnement (condition hydrique, résistance aux pestes, etc.) et de les immuniser à certains herbicides afin de permettre aux agriculteurs de limiter la quantité, la variété et la toxicité des pesticides utilisés. Ainsi, de 1996 à 2013, Brookes et Barfoot estiment à plus de 550 000 tonnes la quantité de pesticides économisés à travers le monde :

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Un résultat tout à fait exceptionnel quand on sait que les OGM représentent encore un peu moins de 50% des surfaces de soja, maïs, coton et canola cultivées de par le monde aujourd’hui.

Ce qu’en pense le ministère américain de l’agriculture

Le département de l’agriculture américain propose lui aussi une étude poussée sur la question des pesticides et des OGM. Parmi toutes les données présentées, l’évolution de la consommation de pesticides par acre de maïs cultivé entre 1960 et 2008 est particulièrement éloquente. Sur le graphique ci-dessous, on remarque une nette diminution des quantités de pesticides utilisées au cours des années 90, toutes catégories confondues.

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Plus marquant encore, le graphique suivant indique d’un côté la quantité d’insecticides utilisée (ligne pleine rouge) et de l’autre la part de marché du maïs Bt, un type de maïs OGM conçu pour offrir une meilleure résistance aux ravageurs (ligne en pointillé).

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Le constat est limpide : depuis l’essor des OGM dans les années 90, et plus particulièrement depuis l’avènement du maïs Bt, les quantités de pesticides utilisées se sont effondrées de 30% dans l’ensemble. Mieux encore, l’usage des insecticides a été réduit de près de 80% à l’hectare.

Une réduction de consommation de pesticides aux conséquences massives

Pour comprendre l’impact titanesque de ces réductions, il est important de se rappeler que la culture du maïs représente grosso modo 40% des usages de pesticides annuels aux États-Unis pour une surface de récolte d’environ 325 000 km2, soit près de 60% de la superficie de la France métropolitaine. Bref, les OGM sont à l’origine d’un miracle environnemental dont l’on ignore trop souvent la magnitude.

Cerise sur le gâteau, plusieurs études indiquent que l’utilisation des OGM aurait un impact extrêmement positif sur la biodiversité. L’explication est simple : en diminuant nettement la fréquence des épandages et la toxicité des pesticides utilisés, les OGM permettent aux espèces animales et végétales de nos campagnes de prospérer. Enfin, les très hauts rendements à l’hectare offerts par les OGM se traduisent aussi par une baisse des surfaces agricoles nécessaires et par un arrêt de l’expansion des terres cultivés au profit des écosystèmes naturels.

N’en déplaise à certains, les OGM sont de loin l’une des inventions humaines ayant eu l’impact le plus bénéfique sur l’environnement. S’y opposer  par obscurantisme, c’est être de facto un partisan du statu quo et donc de l’agriculture industrielle que nous connaissons, l’alternative de l’agriculture biologique n’étant pas une option s’il on prétend sérieusement nourrir l’ensemble de la planète.

Syrie : comment en est-on arrivé à la catastrophe ?

Illustration: Christiaan TriebertFlickr: Azaz, Syria – CC BY 2.0

Après avoir expliqué dans un article précédent comment l’organisation abracadabrantesque de nos services de renseignement et l’abandon de nos prisons aux émissaires du djihad ont plombé notre stratégie antiterroriste, nous tenterons aujourd’hui d’expliquer les raisons de la transformation de la Syrie en un vivier du terrorisme mondial. Pour cela, il nous faut remonter dans le temps, aux origines de la Syrie moderne.

Une brève histoire de la Syrie moderne

La Syrie était depuis son indépendance au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale une véritable mosaïque d’ethnies. Et qui dit mosaïque ethnique au Moyen-Orient, dit aussi poudrière ethnique. Comme illustré sur le graphique ci-dessous, la Syrie est, depuis sa création, dominée démographiquement par les Arabes sunnites qui composent environ 60% de la population, le reste étant composé de minorités dont les alaouites – l’ethnie de Bachar El-Assad – représente aujourd’hui la minorité la plus importante.

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Depuis 1949 avec le coup d’État du général d’origine kurde Housni al-Zaïm, en passant par la montée en puissance du mouvement national socialiste Baas dont les Al-Assad sont les héritiers, la Syrie a toujours eu à sa tête des politiciens et militaires laïques très souvent issus de ses minorités. Face à la mainmise du parti Baas et des El-Assad sur le pays depuis les années 1970, la seule opposition organisée fut incarnée par les mouvements islamistes radicaux dont les Frères Musulmans représentèrent le fer de lance. Ces derniers s’appuyant sur la frustration d’une certaine partie de la majorité Arabe sunnite pour l’influence excessive des alaouites au sein des institutions et sur le rejet de la politique laïque officielle luttèrent contre le régime autocratique de Hafez El-Assad, père de Bachar El-Assad, afin de le renverser et d’instituer un régime islamique basé sur la charia.

Les actions des Frères Musulmans et de leurs alliés prirent la forme d’une série d’attaques meurtrières contre le pouvoir et les alaouites en général, particulièrement au début des années 1980. En réponse à ces actions, Hafez El-Assad déchaina une répression militaire sans précédent. Les bastions des Frères Musulmans furent bombardés, leurs membres arrêtés et exécutés, le tout avec le support tacite des minorités syriennes qui, à défaut d’un pouvoir démocratique, préféraient encore la dictature laïque des Al-Assad plutôt que la dictature islamique des Frères Musulmans.

Ainsi, au début des années 2000, la Syrie était un pays étonnamment calme dans la région au regard du volcan ethnique sur lequel Bachar El-Assad était assis. D’ailleurs, démographiquement parlant le mélange ethnique n’a que peu varié depuis l’indépendance, prouvant la stabilité du pays comme en témoigne le graphique suivant :

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La Guerre Civile syrienne

La situation s’envenime à nouveau en 2011 avec les mouvements de protestation liés au Printemps Arabe. Au fil des mois, la réponse du pouvoir se fait sanglante et le pays s’enfonce dans la guerre civile alors que les manifestants pacifiques laissent leur place à des militants armés. Parmi ces militants, une majorité est affiliée à des organisations islamistes, les rebelles démocratiques tant louangés par l’Occident ne représentant malheureusement qu’une minorité des forces en présence. Rien de surprenant quand on sait que les courants islamiques syriens avaient une structure organisationnelle antérieure à la guerre et plus de 40 ans de pratique de la clandestinité et de la guérilla urbaine face au régime. Dès lors, tous les éléments étaient déjà réunis pour créer un conflit violent, il manquait juste l’intervention hasardeuse des puissances occidentales pour le rendre inextricable.

Après avoir vertement condamné Assad pour sa répression violente de l’opposition, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne entamèrent une campagne de soutien militaire et financier de grande envergure auprès des groupes rebelles, tout en imposant le départ de Bachar El-Assad comme condition sine qua non à toute négociation. Étrangement, c’est la diplomatie française avec à sa tête Laurent Fabius qui va se montrer la plus intransigeante et la plus interventionniste dans le dossier syrien. Ce dernier ira d’ailleurs jusqu’à déclarer en décembre 2012 que le Front al-Nosra, filiale d’Al-Qaïda en Syrie, « fait du bon boulot » alors que tous les rapports sérieux dénonçaient déjà l’atrocité des méthodes de ces milices dont les exactions n’avaient rien à envier à celles du régime.

La position belliqueuse de la France atteint son paroxysme fin août 2013 quand des témoignages font l’état d’utilisation d’armes chimiques par les troupes d’Al-Assad. Obama se retrouve alors dans la position d’avoir à retenir François Hollande de frapper les positions d’Al-Assad en Syrie. Quelques semaines plus tard, à l’initiative de Poutine, Al-Assad accepte de remettre son stock d’armes chimiques aux Occidentaux afin que celles-ci soient détruites, donnant ainsi une raison sérieuse à Obama de se garder d’intervenir directement.

Une issue prévisible

Trois ans plus tard, à l’été 2016, la situation en Syrie a empiré de manière tout à fait prévisible. Al-Assad, avec le soutien de ses alliés traditionnels, l’Iran et la Russie, est encore au pouvoir dans l’ouest du pays. Au nord, les kurdes contrôlent la majorité des terres en bordure de la frontière turque. À l’est, les groupes islamistes, Daech en tête, ont la mainmise absolue sur le territoire syrien. Quant aux rebelles modérés ayant survécu, ils sont aujourd’hui à la remorque de groupes islamistes plus puissants ou cantonner à des poches de territoire insignifiantes. Une situation catastrophique pour l’avenir de la Syrie, mais ô combien prévisible pour qui se serait donné le temps de comprendre l’Histoire de ce pays.

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Répartition territoriale et situation militaire en Syrie à l’été 2016 (Source : Wikipedia)

Évidemment, l’expansion des groupes islamistes djihadistes a transformé la Syrie en pépinière pour apprentis terroristes. La France en a subi de plein fouet les conséquences avec tout d’abord une explosion des candidats au djihad. Ainsi, d’après le groupe Soufan, spécialiste de la question, plus de 1 700 combattants français se sont rendus sur zone, faisant de la France le premier exportateur de djihadistes européen.

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Une fois sur place, ces jeunes fanatiques participent aux exactions quotidiennes des groupes islamistes locaux. Au menu, persécution des chrétiens, massacre automatique des minorités kurdes, alaouites et yézidis, réduction des femmes prisonnières en esclaves sexuelles, pillage des ressources du pays, destruction des monuments datant de l’ère préislamique, etc.

Le contrôle d’une zone aussi vaste par des groupes djihadistes leur donne aussi accès à des ressources financières insoupçonnées et à un espace de totale liberté pour recruter et entraîner les auteurs de leurs futures attaques terroristes. La France en a encore une fois payé le prix fort avec plus 240 morts dans des attentats depuis 2012.

Comme on pouvait s’y attendre, la violence des combats et l’absence de paix à l’horizon déclencha un exode massif. Un bon nombre de ces réfugiés choisissant de tenter leur chance en Europe, l’agence européenne Frontex a vu le nombre d’entrées illégales signalées exploser ces dernières années. Ainsi, avec près de 2 millions d’entrées illégales détectées l’année dernière, sans compter celles non-détectées, l’Europe croule sous le poids des flux démographiques exceptionnels en grande partie issus du conflit syrien. Bien évidemment, comme le souligne très clairement le rapport Fenech, cette situation humanitaire ingérable profite pleinement aux terroristes qui utilisent sciemment ces flux migratoires pour s’introduire dans l’espace Schengen.

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Enfin, en ce qui concerne l’avenir politique de la Syrie, la volonté occidentale d’exclure El-Assad se trouve désormais dans l’impasse alors que ce dernier semble reprendre l’avantage sur le terrain et que les rebelles modérés ont perdu la quasi-totalité de leur influence. Quant aux Syriens, à qui on demande rarement leur avis, la majorité d’entre eux s’opposent à l’activisme occidental pour forcer le départ de Bachar El-Assad.

Malheureusement, en multipliant les ingérences dangereuses, en fermant les yeux sur la montée de l’islamisme radical dans la guerre civile syrienne et en fermant d’emblée la porte de la négociation avec El-Assad, les puissances occidentales ont grillé toute leur crédibilité et la plupart de leurs leviers diplomatiques. Dans ces conditions, difficile d’imaginer comment contraindre El-Assad à s’asseoir à nouveau à la table des négociations pour obtenir un accord qui puisse donner une issue prochaine au conflit. Plus inquiétant, Hillary Clinton a réitéré encore récemment sa volonté de chasser Bachar El-Assad du pouvoir coûte que coûte au cas où elle serait élue. Gageons que cette énième aventure militaire américaine au Moyen-Orient ne fera que rendre plus insolvable la crise politique syrienne.

La mascarade du brevet des collèges

En cette période de fin d’année scolaire, les élèves de 3ème sont de plus en plus nombreux chaque année à recevoir avec satisfaction leur résultat à l’examen du Diplôme National du Brevet (DNB). Cette année encore, à l’échelle nationale, 87.3% d’entre eux ont été admis, un chiffre sans précédent pour l’Éducation Nationale.

Comme on peut le voir sur ce graphique du ministère de l’Éducation Nationale, la progression du taux de réussite des élèves français ces dernières années est tout bonnement époustouflante. On serait donc tenter d’en conclure un peu rapidement que le niveau scolaire du collégien moyen s’améliore d’année en année.

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Seulement voilà, tous les tests internationaux conduits pendant la même période n’offrent aucune lueur d’optimisme. Ainsi, l’enquête PISA, menée tous les trois ans au sein de l’OCDE auprès des jeunes de 15 ans, montre clairement une chute drastique du niveau en mathématiques et une stagnation du niveau de compréhension de l’écrit et de sciences des jeunes Français.

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Étrangement, les taux de réussite aux tests PISA et au Brevet évoluent dans des directions diamétralement opposées. Dans ces conditions, comment peut-on croire une seule seconde à l’amélioration des performances des collégiens et non à une régression des requis nécessaires pour être admis à l’examen. Encore une fois en France, à défaut d’avoir des idées pour faire tomber la fièvre, on décide de casser le thermomètre en facilitant l’admission à un examen plutôt qu’en améliorant le niveau réel des candidats.

Pourquoi la France perd dans la lutte antiterroriste

On savait que le répit serait de courte durée, mais c’est encore une fois avec un carnage sur le sol national que le terrorisme retourne sous le feu des projecteurs. Après les attaques du 13 novembre 2015 et la tuerie de Charlie Hebdo, l’attentat de Nice porte à plus de 240 morts depuis 2012 le bilan des attaques terroristes. Puisque tous les experts s’accordent à dire que le risque d’attentat demeure encore à son plus haut, l’enjeu majeur consiste à comprendre pourquoi et comment ces attaques ont pu être perpétrées alors que la France est théoriquement en état d’urgence face au terrorisme.

Pour répondre à cette question, les députés Georges Fenech et Sébastien Pietrasanta se sont penchés sur l’efficacité et l’organisation des moyens mis en place dans la lutte contre le terrorisme. Le fruit de leur travail fut présenté sous la forme d’un rapport parlementaire captivant que le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, s’empressa pourtant de jeter aux oubliettes. Une tradition gouvernementale malheureusement bien française.

À défaut d’offrir un plan pouvant garantir le risque zéro, les manquements identifiés par le rapport Fenech expliquent une bonne partie des défaites encaissées ces dernières années dans la lutte contre le terrorisme. Prenons donc le temps d’en aborder les principales conclusions.

Une organisation kafkaïenne des services de renseignement

En France, pas moins de 10 agences gouvernementales constituent le cœur du renseignement français, les 6 premières étant les plus importantes :

  • la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)
  • la direction du renseignement militaire (DRM)
  • la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD)
  • la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI)
  • la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED)
  • le service de traitement du renseignement et de l’action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin)
  • le service central du renseignement territorial (SCRT)
  • la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP)
  • la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO) de la gendarmerie nationale
  • le bureau du renseignement pénitentiaire (BRP)

À ces 10 agences, s’ajoutent 6 bases de données principales liées de près ou de loin à la lutte contre le terrorisme :

  • Le fichier CRISTINA utilisé par la DGSI
  • Le fichier SIREX utilisé la DPSD
  • Le fichier PASP utilisé par la police SCRT et DRPP
  • Le GIPASP de la gendarmerie nationale, utilisé par le SDAO
  • Le FEA partagé par le SCRT et la DRPP
  • Le fichier des personnes recherchées (FPR), dont la catégorie Sûreté de l’État regroupe plus de 20 000 personnes jugées potentiellement dangereuses, les fameux fichés « S »

Enfin, pour tenter de faire fonctionner ce mille-feuilles administratif, pas moins de 3 services coordinateurs furent créés :

  • le Coordonnateur national du renseignement auprès du Président de la République
  • l’État-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) directement rattaché au ministre de l’Intérieur
  • l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT) qui n’a autorité que sur les services relevant de la police nationale

Vous êtes perdu ? Vous n’y comprenez rien ? C’est normal. Nos alliés n’y comprennent rien non plus. Pour preuve, tous les responsables du renseignement israélien, américain, grec et turc rencontrés pendant la conception du rapport furent incapables de nommer clairement leurs équivalents français. Un comble à une époque où la coopération internationale est essentielle dans la lutte contre le terrorisme.

Évidemment, une telle organisation cloisonnée et inutilement compliquée se devait de créer son lot de fiascos. Par exemple, Yassin Sahli, le terroriste qui a sauvagement décapité son employeur en juin 2015 avant de tenter de faire exploser son lieu de travail, fut tout simplement rayé des listes de surveillance en déménageant d’un département à l’autre.

En partie en réponse à ce raté, un fichier commun, le Fichier de traitement des Signalés pour la Prévention et la Radicalisation à caractère Terroriste ou FSPRT entre en service en octobre 2015. Le projet est louable et demandé unanimement depuis plusieurs années, mais encore une fois, des lacunes colossales le fragilisent dès le départ. Ainsi, malgré la bonne volonté des services concernés à approvisionner la plateforme en données, le fichier n’est pour le moment pas consultable par la DGSE, le renseignement pénitencier ou encore la DPSD. Pire, le fichier n’a pas vocation à inclure les suspects étrangers, un écueil majeur à une époque où des individus dangereux complotent à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières françaises. L’exemple le plus notable étant celui de l’attentat avorté du Thalys dont l’auteur signalé plusieurs fois au niveau européen passa complètement à côté du radar des autorités françaises et belges.

Contrairement à plusieurs idées reçues, les réformes récentes ont largement augmenté les moyens humains et techniques à la disposition des agences de renseignement. D’ailleurs, sur un quota d’écoute de 2 700 personnes par an, les services n’en ont utilisé qu’une fraction. Bref, en matière de renseignement, la réponse est à chercher davantage au niveau de l’organisation et de la collaboration qui laissent à désirer plutôt que du côté d’un prétendu manque de moyens.

Les prisons françaises : véritable cursus de radicalisation accéléré

Contrairement aux idées reçues, le Code pénal offre une palette d’options très complète pour condamner les terroristes, après comme avant le passage à l’acte. Les problèmes commencent quand il s’agit de faire appliquer la peine prononcée. Deux options de contrôle s’offrent aux juges d’instruction : la prison ou le bracelet électronique, assorti d’une série de contraintes (interdiction de sortie du territoire, d’entrer en communication avec certaines personnes, etc.).

Comme on peut logiquement s’y attendre, le bracelet électronique révèle vite ses limites, les pointages en commissariat faisant souvent l’objet d’un suivi désastreux. Samy Amimour, un des membres du commando du Bataclan, avait par exemple réussi à se rendre jusqu’en Syrie alors qu’il était encore sous contrôle judiciaire et à revenir en Europe sans être inquiété.

Reste alors la prison comme seule alternative sérieuse pour cantonner les condamnés dangereux. Et, c’est là que le bât blesse. En effet, la surpopulation carcérale empêche toute politique d’isolement des détenus radicalisés à grande échelle. Selon les derniers chiffres officiels, la France compte 68 542 individus écroués pour 58 683 places opérationnelles, soit un taux d’occupation de 117%. La situation est particulièrement dramatique dans les maisons d’arrêt où le taux d’occupation atteint 138%.

La maison d’arrêt étant souvent le point d’entrée dans le système carcéral pour les petits délinquants influençables, l’extrême densité carcérale et les moyens dépassés de l’administration pénitentiaire transforment ces établissements en véritable terrain de chasse pour les émissaires du djihad. Pour contrer ces dérives, le bureau du renseignement pénitencier ne dispose que de 114 agents en équivalents temps plein pour surveiller 68 000 détenus sous écrous, 235 000 en milieu ouvert, le tout à travers 189 établissements en France. Bref, à l’heure actuelle, les islamistes ont relativement les mains libres au sein des prisons françaises et continuent de recruter à tour de bras les petites frappes des quartiers dont l’itinéraire en vient inévitablement à croiser la case prison.

Conclusion

Encore une fois un cocktail néfaste de laxisme judiciaire décontracté, de déni de la réalité et d’organisation bureaucratique abracadabrantesque a transformé notre stratégie antiterroriste en véritable passoire. Même si plusieurs réformes audacieuses tentent depuis quelques années d’aplanir les obstacles administratifs qui plombent les services de renseignement français, les querelles de chapelle et les rivalités inutiles sont encore un obstacle à la fusion logique de certaines organisations qui partagent pourtant les mêmes missions. En ce qui concerne le système carcéral, le manque de moyens chronique est à attribuer en grande partie aux politiques ridicules qui clament haut et fort que la construction des 20 000 places supplémentaires nécessaires pour conduire une politique carcérale correcte serait une fuite en avant dans le « tout répressif ».

Dans la prochaine partie, nous attarderons sur la situation dans la zone syro-irakienne en détaillant comment la politique étrangère française a contribué à faire naître et croître un marécage géopolitique inextricable qui s’est peu à peu muté en pépinière pour djihadistes.